Explorer la vie avec curiosité, conscience et émerveillement
17 Septembre 2026
J’ai longtemps su être intéressante.
Je ne sais pas si c’est une qualité. Je ne sais même pas si le mot est juste. Disons que j’ai toujours su participer. Parler quand il fallait parler, poser des questions, rebondir sur une anecdote, raconter la mienne, rire, mettre à l’aise. Trouver quelque chose à partager avec presque tout le monde.
J’ai toujours été plutôt sociable. Je peux parler facilement avec des gens que je ne connais pas, m’adapter à des univers différents, trouver le petit quelque chose qui va créer du lien. Je crois même que j’ai longtemps considéré cela comme une force.
Et puis, depuis quelque temps, il m’arrive quelque chose d’assez nouveau : parfois, je n’en ai plus envie.
Je n’ai plus envie de remplir les silences. Je n’ai plus envie de chercher ce que je pourrais dire pour que la conversation continue. Je n’ai plus forcément envie que la personne en face de moi reparte en se disant que je suis sympathique, cultivée, originale ou je ne sais quoi encore.
Ce n’est pas que les autres ne m’intéressent plus.
C’est peut-être simplement que j’ai arrêté de vouloir, à tout prix, être intéressante pour eux.
Je me rends compte aujourd’hui de l’énergie que cela peut demander.
Être sociable, ce n’est pas seulement parler. C’est observer. Sentir l’autre. Comprendre rapidement comment il fonctionne. Adapter son ton, ses mots, parfois même son énergie. Poser la question qui permettra à l’autre de parler. Relancer lorsqu’un silence s’installe. Sourire quand il le faut. Rassurer parfois. Faire en sorte, finalement, que « ça se passe bien ».
Je sais très bien faire ça. Peut-être même trop bien.
Parce qu’à force de savoir s’adapter, on finit parfois par ne plus se demander si on en a réellement envie.
Un silence reste simplement un silence.
Et surtout, il n’est pas forcément à moi de le remplir.
Il y a aussi quelque chose que je regarde différemment aujourd’hui : notre besoin de séduire.
Je ne parle pas uniquement de séduction amoureuse. Nous séduisons tout le temps.
Nous voulons être appréciés par nos collègues, nos amis, les personnes que nous rencontrons, parfois même par des gens que nous ne reverrons jamais.
Nous voulons laisser une bonne impression.
Être celle avec qui on a passé un bon moment. Celle qui avait quelque chose à raconter. Celle qui était drôle, intéressante, chaleureuse.
Et je ne crois pas qu’il y ait quelque chose de mal à cela. Le lien avec les autres fait partie de la vie. J’aime toujours rencontrer, discuter, rire, découvrir quelqu’un.
Simplement, quelque chose a changé.
Je n’ai plus envie de me forcer à cela.
Il m’arrive désormais de préférer marcher plutôt que parler.
D’être très heureuse seule.
De passer du temps sans ressentir le besoin de raconter ce que je fais, ce que je pense ou ce que je ressens.
Le silence m’est devenu précieux.
Et c’est assez étrange pour quelqu’un qui écrit sur Internet depuis tant d’années.
Parce qu’un blog, finalement, c’est exactement l’inverse du silence. C’est prendre quelque chose qui aurait pu rester à l’intérieur de soi et décider de le déposer quelque part, à la vue des autres.
Peut-être que c’est justement pour cela que j’aime toujours autant écrire.
Parce qu’ici, je peux choisir.
Choisir les mots. Le moment. Le sujet. Ce que je montre et ce que je garde.
Je peux aller au bout d’une pensée sans être interrompue. Je peux laisser une phrase en suspens. Je peux revenir dessus le lendemain.
Et surtout, personne n’attend de moi que je remplisse immédiatement le silence.
Je dis parfois que je deviens sauvage.
Parce que j’aime davantage être seule. Parce que certaines conversations me fatiguent. Parce que je n’ai plus envie de multiplier les relations simplement pour être entourée.
Mais « sauvage » n’est probablement pas le bon mot.
Je continue d’aimer profondément les rencontres.
J’aime ces conversations qui partent de rien et qui, soudain, deviennent passionnantes. J’aime découvrir une personne derrière ce qu’elle montre au premier abord. J’aime rire autour d’une table. J’aime les discussions qui durent beaucoup trop longtemps.
Simplement, j’aime de moins en moins les conversations que l’on entretient uniquement parce qu’il faudrait parler.
Et peut-être que je deviens surtout plus sélective avec mon énergie.
Que reste-t-il lorsque nous cessons de produire une version de nous-mêmes destinée aux autres ?
Je sais que j’aime de plus en plus cette personne-là : celle qui marche longtemps sans parler. Celle qui peut rester seule avec un café. Celle qui peint pendant des heures. Celle qui n’a parfois pas envie de raconter.
Je découvre peut-être enfin une forme de liberté que je n’avais pas vraiment anticipée : celle de ne plus avoir besoin d’être quelque chose à chaque instant.
Et pourtant, je garde une question.
Ai-je arrêté de vouloir être intéressante parce que je suis devenue plus libre ?
Ou parce que je suis simplement fatiguée de m’adapter ?
Je crois que la réponse se trouve quelque part entre les deux.
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